{"id":97,"date":"2022-01-14T21:39:58","date_gmt":"2022-01-14T20:39:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.guere-epais.fr\/?p=97"},"modified":"2022-02-08T19:17:34","modified_gmt":"2022-02-08T18:17:34","slug":"une-verite-est-elle-discutable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/2022\/01\/14\/une-verite-est-elle-discutable\/","title":{"rendered":"Une v\u00e9rit\u00e9 est-elle discutable\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La v\u00e9rit\u00e9 en philosophie<\/strong>&#8230; Une v\u00e9rit\u00e9 par sa d\u00e9finition serait la correspondance entre une proposition et la r\u00e9alit\u00e9 dont elle parle elle-m\u00eame ce qui pourrait se r\u00e9sumer par \u00ab\u00a0Adaequatio rei et intellectus\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Une id\u00e9e, un discours, une phrase sont vraies lorsque leur sens sont conformes \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ce que sont objectivement les faits. L\u2019essence m\u00eame de la v\u00e9rit\u00e9, par son caract\u00e8re immuable, voire dogmatique, nous pousse \u00e0 avoir de bonnes raisons de penser spontan\u00e9ment une v\u00e9rit\u00e9 comme indiscutable. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 si l\u2019on poursuit le raisonnement, il semble que cela n\u2019aille pas de soi et que chaque v\u00e9rit\u00e9 peut faire l\u2019objet d\u2019une remise en question par la pluralit\u00e9 des opinions, des avis oppos\u00e9s et de constants d\u00e9saccords sur des v\u00e9rit\u00e9s religieuses, historiques, politiques et m\u00eame scientifiques. Le mot \u00ab\u00a0discutable\u00a0\u00bb renvoit de fa\u00e7on sous-jacente \u00e0 l\u2019usage de la parole et donc \u00e0 l\u2019utilisation du langage dans la notion de v\u00e9rit\u00e9. D\u00e8s lors une v\u00e9rit\u00e9 est-elle discutable\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une v\u00e9rit\u00e9 est-elle toujours absolue ou relative, c\u2019est-\u00e0-dire nuanc\u00e9e par diff\u00e9rents points de vue&nbsp;? Comment acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 si ce n\u2019est pas par un recours tel que le d\u00e9bat, la critique, les discussions en g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;ou encore des d\u00e9monstrations scientifiques ?<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 absolue, qui serait indiscutable, et qui permettrait \u00e0 l\u2019homme de se constituer en tant qu\u2019\u00eatre humain fera l\u2019objet de notre premi\u00e8re partie. Puis dans un second temps, nous verrons que chaque v\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre remise en cause par de nouvelles exp\u00e9riences et qu\u2019aucune certitude absolue ne peut \u00eatre atteinte de fa\u00e7on objective&nbsp;: elle fera d\u00e8s lors l\u2019objet de discussions au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Nous terminerons dans une troisi\u00e8me partie sur le rapport que l\u2019on entretient avec la v\u00e9rit\u00e9. Nous nous poserons la question de la valeur de la v\u00e9rit\u00e9 et si la recherche de l\u2019id\u00e9al de v\u00e9rit\u00e9 a-t-elle un sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, il sera int\u00e9ressant de montrer qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre indiscutable et que l\u2019humain par sa condition et sa nature est \u00e0 la recherche d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 absolue.<\/p>\n\n\n\n<p>En premier lieu, l\u2019Homme se d\u00e9finit par une facult\u00e9 de raisonnement, il est un sujet \u00ab&nbsp;le moi&nbsp;\u00bb qui donne un sens au monde. Ainsi, il y a une \u00e9quivalence entre le moi et la conscience qui se d\u00e9finit par une facult\u00e9 universelle, caract\u00e9ristique de la nature humaine. Par le bais de cette facult\u00e9, l\u2019Homme va constamment \u00eatre \u00e0 la recherche d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 absolue que l\u2019on ne pourra pas remettre en question. En effet, la conscience de soi peut \u00eatre vue comme v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re. Le fait que l\u2019humain doute est une v\u00e9rit\u00e9 dont je ne peux pas douter (\u00ab&nbsp;JE doute&nbsp;\u00bb). Cela implique qu\u2019il y a un bien un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb qui existe et qu\u2019il se d\u00e9finit comme activit\u00e9 de penser. Peu importe qu\u2019un malin g\u00e9nie me fasse penser n\u2019importe quoi, ce qui ne peut pas \u00eatre remis en cause c\u2019est que je pense quelque chose. De ce point de vue, le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb est donc l\u2019objet d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re. C\u2019est la tache \u00e0 laquelle s\u2019adonne Descartes dans les \u00ab&nbsp;m\u00e9ditations m\u00e9taphysiques&nbsp;\u00bb o\u00f9 il essaye de trouver une v\u00e9rit\u00e9 absolue dont on ne peut pas douter dans le but de faire taire les sceptiques (courant de pens\u00e9e depuis l\u2019Antiquit\u00e9, sur lequel nous serons amen\u00e9s \u00e0 revenir). Ainsi, Descartes fonde l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019humain est d\u00e9fini par une facult\u00e9 universelle \u00e0 penser par lui-m\u00eame et \u00e0 distinguer le vrai du faux. En ce sens, le fait de douter serait une v\u00e9rit\u00e9 indiscutable et qui ne peut \u00eatre remise en cause par aucun \u00eatre humain. La connaissance de soi va pouvoir constituer le fondement sur lequel pourront s\u2019\u00e9laborer toutes les autres connaissances.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En second lieu, acqu\u00e9rir des connaissances serait un moyen efficient d\u2019\u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9 indiscutable et partag\u00e9e par tous les membres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Le pouvoir de la connaissance consiste \u00e0 s\u2019\u00e9lever au-dessus des choses, \u00e0 remonter vers la d\u00e9finition m\u00eame de celles-ci. Connaitre serait donc le fait de se hisser vers l\u2019essence des choses, en d\u2019autres termes acqu\u00e9rir ce qu\u2019on appelle l\u2019int\u00e9gibilit\u00e9 de ces choses plut\u00f4t qu\u2019une simple sensation. De ce point de vue, les math\u00e9matiques et la g\u00e9om\u00e9trie sont des sciences qui entra\u00eenent l\u2019abstraction&nbsp;: ce dont nous avons besoin pour disposer d\u2019une connaissance certaine. C\u2019est ce que Platon appelle l\u2019Id\u00e9e. Platon, philosophe antique de la Gr\u00e8ce, expose \u00ab&nbsp;l\u2019All\u00e9gorie de la Caverne&nbsp;\u00bb. Elle met en sc\u00e8ne des hommes encha\u00een\u00e9s et immobilis\u00e9s dans une \u00ab&nbsp;demeure souterraine&nbsp;\u00bb, par opposition au \u00ab&nbsp;monde d&rsquo;en haut&nbsp;\u00bb, ceux-ci tournent le dos \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e et ne voient que leurs ombres et celles projet\u00e9es d&rsquo;objets au loin derri\u00e8re eux. Elle expose en termes imag\u00e9s les conditions d&rsquo;accession de l&rsquo;homme \u00e0 la connaissance de la chose, au sens&nbsp;m\u00e9taphysique du terme, ainsi que la toute aussi difficile transmission de cette connaissance. Dans ce contexte, les ombres correspondraient \u00e0 une apparence illusoire des choses&nbsp;: elles repr\u00e9sentent les apparences, c\u2019est-\u00e0 -dire la mani\u00e8re dont nous les percevons par le biais de notre sensibilit\u00e9, dans l\u2019exp\u00e9rience, et ces perceptions purement sensibles qui ne donnent pas une connaissance. Au contraire, ma sensibilit\u00e9, la mani\u00e8re dont je les per\u00e7ois peuvent me tromper. Si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 nos \u00e9motions, on peut se tromper sur ce qu\u2019est la justice par exemple. En effet, si je m\u2019en tiens \u00e0 ma sensibilit\u00e9 j\u2019ai seulement acc\u00e8s \u00e0 des faits sp\u00e9cifiques. Alors que la connaissance vient de l\u2019usage de la raison&nbsp;: elle permet de se d\u00e9tacher du t\u00e9moignage direct des sens pour s\u2019\u00e9lever dans le domaine de la r\u00e9flexion pure.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons l\u2019exemple d\u2019une fleur. Savoir ce qu\u2019est une fleur ne consiste pas \u00e0 d\u00e9crire notre rapport sensible \u00e0 elle. C\u2019est plut\u00f4t dire \u00e0 quelle cat\u00e9gorie elle appartient. Rep\u00e9rer ce qu\u2019il y a en elle de n\u00e9cessaire c\u2019est-\u00e0-dire les propri\u00e9t\u00e9s qui font d\u2019elle une fleur. Et ceci dans le but de dissocier au contraire ce qui est contingent, c\u2019est-\u00e0-dire appr\u00e9hender le fonctionnement des choses en fonction de leur logique. Selon Platon, faire l\u2019effort de cet usage de la raison c\u2019est justement le propre de l\u2019Homme. Le <em>logos <\/em>en grec, qui signifie la raison, guide les deux autres facult\u00e9s que l\u2019on a en nous&nbsp;: le <em>Thumos<\/em> et l\u2019<em>Epithumia<\/em>. Ainsi, par l\u2019usage de notre raison et notre pouvoir de connaissance nous pouvons \u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9 indiscutable puisque qu\u2019elle aura \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e scientifiquement. Les sciences permettent donc d\u2019appliquer des principes logiques et de d\u00e9montrer qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre indiscutable au moyen de ce qu\u2019Aristote nomme les syllogites. Le syllogysme consistant \u00e0 poser des pr\u00e9mices, c\u2019est-\u00e0-dire des propositions dont on sait qu\u2019elles sont vraies pour les mettre en lien afin d\u2019attirer un gain de connaissances. Par exemple si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019une forme g\u00e9om\u00e9trique dont la somme des trois angles fait 180\u00b0 alors nous tenons comme une v\u00e9rit\u00e9 absolue ce qu\u2019est un triangle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe un processus par lequel nous pouvons obtenir une connaissance non seulement sur des entit\u00e9s purement abstraites mais \u00e9galement sur les ph\u00e9nom\u00e8nes naturels (les math\u00e9matiques donnent lieu \u00e0 des v\u00e9rit\u00e9s qui ne sont que de l\u2019ordre interne) et ce processus engendre la physique. Elle repr\u00e9sente typiquement la mani\u00e8re dont les ph\u00e9nom\u00e8nes peuvent \u00eatre connus. La m\u00e9thode du physicien ne repose pas sur un simple processus d\u2019induction. L\u2019induction c\u2019est partir d\u2019observations particuli\u00e8res multiples pour en arriver \u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s ou \u00e0 des lois g\u00e9n\u00e9rales. Bien au contraire le physicien commence par faire une hypoth\u00e8se th\u00e9orique \u00e0 l\u2019aide d\u2019un pur raisonnement et qu\u2019il ne teste que dans un second temps gr\u00e2ce \u00e0 une exp\u00e9rience qu\u2019il organise pr\u00e9cis\u00e9ment en vue de la mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. En cela la science n\u2019est pas une r\u00e9ception passive des sens et pourra alors d\u00e9gager une v\u00e9rit\u00e9 qui sera indiscutable.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De surcro\u00eet, la science se d\u00e9fait de tout obstacle \u00e9pist\u00e9mologique. En ce sens, les \u00e9pist\u00e9mologues estiment que l\u2019esprit scientifique consiste \u00e0 faire l\u2019effort de d\u00e9passer l\u2019opinion instinctive que l\u2019on se fait sur le monde. Le scientifique a avant tout le \u00ab&nbsp;sens du probl\u00e8me&nbsp;\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 \u00e0 mettre en question des id\u00e9es qui sont simplement donn\u00e9es pour, et \u00e0 la place, construire activement des mod\u00e8les qui rendent compte de ce qu\u2019il y a d\u2019objectif dans les ph\u00e9nom\u00e8nes scientifiques. Ceux-ci vont alors de facto se d\u00e9faire de tout obstacle de l\u2019ordre \u00e9pist\u00e9mologique. En effet, au sein de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie, la science se concentre sur la recherche de v\u00e9rit\u00e9s formelles qui regroupent les math\u00e9matiques ainsi que la logique et reposent sur des syst\u00e8mes axiomatiques. Un \u00e9nonc\u00e9 tel que \u00ab&nbsp;il existe une v\u00e9rit\u00e9 absolue&nbsp;\u00bb est axiomatique car il est impossible de le nier sans se contredire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe de nombreux \u00e9pist\u00e9mologues comme Gaston Bachelard, celui qui a invent\u00e9 la notion \u00ab&nbsp;d\u2019obstacle \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;\u00bb, afin d\u2019appr\u00e9hender et d\u2019analyser les obstacles \u00e0 la connaissance scientifique constitu\u00e9s par les a priori notionnels li\u00e9s aux acquis pr\u00e9existants, qui s\u00e9duisent l&rsquo;esprit du chercheur et des \u00e9l\u00e8ves. Ceux-ci les emp\u00eachent de progresser dans la connaissance des ph\u00e9nom\u00e8nes. De ce point de vue, les scientifiques, en se d\u00e9faisant de ces obstacles nomm\u00e9s par Bachelard, vont pourvoir \u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9 qui sera indiscutable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, par le biais de la facult\u00e9 de raisonnement de l\u2019humain, il peut parvenir \u00e0 \u00e9tablir des v\u00e9rit\u00e9s qui seraient indiscutables, autrement dit des v\u00e9rit\u00e9s que l\u2019on peut qualifier de formelles&nbsp;: c\u2019est le cas d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 scientifique. N\u00e9anmoins, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cette m\u00eame facult\u00e9 de penser, que l\u2019Homme peut constamment remettre en question les v\u00e9rit\u00e9s \u00e9tablies au fil de ses exp\u00e9riences, et ce tout au long de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En effet, chaque v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie peut faire l\u2019objet d\u2019une remise en cause permanente car celle-ci fait est sujette \u00e0 de multiples discussions entre les individus.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les sciences constituent un empire qui est cependant limit\u00e9 et peuvent \u00eatre vues comme un processus de r\u00e9volution et de r\u00e9futation. Tout d\u2019abord, la science consiste \u00e0 faire des th\u00e9ories par l\u2019usage de sa raison et in fine d\u2019atteindre des v\u00e9rit\u00e9s. En revanche, ces v\u00e9rit\u00e9s ne peuvent se prononcer que sur des ph\u00e9nom\u00e8nes c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont les choses nous apparaissent. La science ne va pas au-del\u00e0 des apparences, elles trouvent des lois qui donnent une logique \u00e0 la mani\u00e8re dont le monde nous appartient. L\u2019humain, par l\u2019usage de sa raison et de sa pens\u00e9e, est amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des choses qui d\u00e9passent l\u2019exp\u00e9rience sensible. Emmanuel Kant les appelle les \u00ab&nbsp;absolus&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;les choses inconditionnelles&nbsp;\u00bb. C\u2019est le cas de la religion avec la croyance en Dieu&nbsp;: ce sur quoi je ne peux pas dire s\u2019il existe ou pas. Ainsi, la science nous montre ses limites car elle ne d\u00e9montre pas de v\u00e9rit\u00e9 absolue quant \u00e0 l\u2019existence de Dieu, qui est donc une v\u00e9rit\u00e9 discutable. De surcroit, la science n\u2019avance pas par accumulation mais par des r\u00e9volutions. Toute science repose sur ce qu\u2019on peut appeler un paradigme, c\u2019est-\u00e0-dire une vision du monde, sur des croyances, sur la reconnaissance par la communaut\u00e9 scientifique de la validit\u00e9 de certaines id\u00e9es de base. Et lorsqu\u2019une r\u00e9volution scientifique incarne un paradigme, elle conna\u00eet une crise. En effet, une nouvelle exp\u00e9rience vient contredire une th\u00e9orie existante et un nouveau paradigme vient le concurrencer et le supplanter. Il existe de multiples r\u00e9volutions scientifiques qui d\u00e9montrent cet argument expos\u00e9 par le philosophe Thomas Kuhn. C\u2019est le cas de la R\u00e9volution Galil\u00e9enne avec l\u2019h\u00e9liocentrisme, mais aussi la r\u00e9volution faite par Einstein autour de la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 et qui fonde l\u2019id\u00e9e selon laquelle le temps et la distance sont des variables changeantes. Par cons\u00e9quent, cela nous am\u00e8ne \u00e0 dire qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas de l\u2019ordre d\u2019une objectivit\u00e9 absolue et indiscutable mais plut\u00f4t d\u2019une \u00ab&nbsp;efficacit\u00e9 temporaire&nbsp;\u00bb qui pourra \u00eatre remise en cause \u00e0 partir d\u2019une r\u00e9futation de pr\u00e9suppos\u00e9s plus profonds. Ainsi, la science ne consiste pas \u00e0 \u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9 indiscutable mais plut\u00f4t \u00e0 cr\u00e9er un processus de confrontations de plusieurs scientifiques.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Par ailleurs, on notera l\u2019existance deux courants de pens\u00e9e qui viennent mettre en exergue le fait qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 est tout \u00e0 fait discutable&nbsp;: le scepticisme et le relativisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le scepticisme est une \u00e9cole de pens\u00e9e de l\u2019Antiquit\u00e9 qui consiste \u00e0 nier toutes les possibilit\u00e9s pour l\u2019humain d\u2019atteindre une v\u00e9rit\u00e9 absolue&nbsp;: il n\u2019y aurait pas de correspondance entre mes id\u00e9es et la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure&nbsp;; cette derni\u00e8re se fomenterait qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un point de vue. Tout le monde \u00e0 d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019erreur en se rendant compte qu\u2019on croyait quelque chose d\u2019absolument vrai mais qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre faux. De ce point de vue, toute connaissance correspond \u00e0 la sensation qui d\u00e9coule de la probabilit\u00e9 &nbsp;que certains types d\u2019\u00e9v\u00e9nements se reproduisent. Au fil des multiples exp\u00e9riences que l\u2019on se fait du monde, on observe des r\u00e9gularit\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire des ph\u00e9nom\u00e8nes qui se r\u00e9p\u00e8tent et qui auront lieu dans le futur&nbsp;: le soleil qui va se lever demain par exemple. Hume, un philosophe qui incarne l\u2019empirisme, affirme qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une id\u00e9e que l\u2019on ne peut pas d\u00e9montrer, c\u2019est une croyance de penser que le futur va ressembler au pass\u00e9. Selon lui, ce qu\u2019on appelle des v\u00e9rit\u00e9s reposent ultimement sur l\u2019accoutumance et sur une croyance selon laquelle le futur ressemble au pass\u00e9&nbsp;: habitude qui fait que petit \u00e0 petit, les choses ne vont plus me surprendre. Il ne s\u2019agit pas de dire que toutes les id\u00e9es se valent mais plut\u00f4t de dire qu\u2019il y a des id\u00e9es et des mani\u00e8res de penser qui se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre plus probables que d\u2019autres. En ce sens, une v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas absolue, au contraire c\u2019est simplement une id\u00e9e provisoire, remise en cause par de nouvelles exp\u00e9riences donc discutable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le relativisme, quant \u00e0 lui, est une doctrine ou un mouvement de pens\u00e9e qui affirme qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de v\u00e9rit\u00e9 absolue. Le relativiste c\u2019est celui qui dit \u00ab&nbsp;\u00e0 chacun sa v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. Par exemple si on prend le relativisme culturel, il d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e selon laquelle les m\u0153urs, les traditions ou encore les v\u00e9rit\u00e9s morales sont relatives aux \u00e9poques, aux coutumes, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation\u2026 En affirmant que \u201cla v\u00e9rit\u00e9 n\u2019existe pas\u201d, on pr\u00e9tend dire la v\u00e9rit\u00e9. En ce sens, le relativisme est une position&nbsp;auto-contradictoire.&nbsp;Si je dis la phrase \u00ab&nbsp;il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb, on peut se demander si cette phrase est vraie ou fausse. Si la phrase \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb est vraie, alors elle se contredit elle-m\u00eame. En outre, les positions relativistes ne traitent pas de la v\u00e9rit\u00e9 mais bien des opinions. Il y a une confusion entre v\u00e9rit\u00e9 et opinion car l\u2019opinion est subjective alors que la v\u00e9rit\u00e9 t\u00e9moigne d\u2019une forme d\u2019objectivit\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9 est universelle tandis que l\u2019opinion est individuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A cela s\u2019ajoute pour les individus un besoin irr\u00e9m\u00e9diable de se mettre constamment d\u2019accord sur des choses. Ceci entraine toujours plus de d\u00e9bats et de divergences d\u2019opinions. Au-del\u00e0 de son premier sens qui signifie la raison, le<em> logos<\/em> signifie aussi la parole. Pour les grecs, la parole est d\u00e9finie comme une chose intrins\u00e8quement politique&nbsp;: l\u2019homme est un animal politique justement parce qu\u2019il poss\u00e8de la parole. Gr\u00e2ce \u00e0 cette vertu, les humains peuvent exprimer des jugements et des mani\u00e8res de voir le monde car ils ont besoin de se mettre d\u2019accord&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un processus politique&nbsp;: parler et s\u2019exprimer. Dans le but de trouver un moyen d\u2019organiser la soci\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 ce que le bien commun soit fait. Cela implique la pertinence du d\u00e9bat qui est un usage de la parole. Pour qu\u2019un d\u00e9bat soit constructif politiquement il ne doit pas se r\u00e9sumer \u00e0 un \u00ab&nbsp;affrontement&nbsp;\u00bb st\u00e9rile, frontal, qui donnerait lieu \u00e0 aucune concession. Le d\u00e9bat est fertile s\u2019il fait \u00e9voluer la mani\u00e8re de penser pour possiblement arriver \u00e0 un accord et la politique vient du fait que cet accord est toujours pr\u00e9caire&nbsp;: il n\u2019a jamais fini d\u2019\u00eatre remis en cause. Mais qu\u2019en est-il de la libert\u00e9 de penser&nbsp;? Nous sommes enlis\u00e9s dans un choix crucial avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver constamment un accord et d\u2019autre part favoriser la libert\u00e9 de penser&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire proposer des visions du monde, jamais expos\u00e9es jusque-l\u00e0, qui ont une valeur, et qu\u2019on doit prendre en compte. De ce fait, utiliser sa raison dans le domaine politique d\u00e9pend de la possibilit\u00e9 \u00e0 remettre en jeu des v\u00e9rit\u00e9s \u00e9tablies ou des id\u00e9es qui semblaient aller de soi. Dans l\u2019ouvrage \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que les lumi\u00e8res&nbsp;\u00bb Michel Foucault soutient que l\u2019on a tendance \u00e0 penser que les Lumi\u00e8res repr\u00e9senteraient l\u2019av\u00e8nement de la raison comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une facult\u00e9 qui permettrait d\u2019obtenir des v\u00e9rit\u00e9s universelles absolues, nous permettant de sortir du r\u00e8gne des simples croyances. Foucault va \u00e0 l\u2019encontre de ce poncif en affirmant que les Lumi\u00e8res ne repr\u00e9sentent pas la fin des croyances, mais la facult\u00e9 \u00e0 faire taire la critique des croyances qui sont \u00e9tablies \u00e0 un moment donn\u00e9. Cet effort, selon Foucault, est infini car il y aura toujours des croyances dans les soci\u00e9t\u00e9s&nbsp;: ce regard critique doit constamment s\u2019exercer. Raisonner c\u2019est se demander si les id\u00e9es \u00e9tablies ne pourraient \u00eatre autres. Il n\u2019y a jamais un \u00e9tat dans lequel je suis d\u00e9finitivement dans le vrai. De facto, une v\u00e9rit\u00e9 est un effort continuel \u00e0 poursuivre. Elle est donc source de d\u00e9bat dans nos soci\u00e9t\u00e9s qui concerne toutes les \u00e9poques. \u00ab&nbsp;Trumanshow&nbsp;\u00bb est un film de Peter Weir (1998) qui raconte un homme qui sans le savoir vit, depuis sa naissance, dans un immense studio t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 o\u00f9 tous ses moindres faits et gestes sont film\u00e9s et retransmis dans une \u00e9mission. Cette r\u00e9f\u00e9rence cin\u00e9matographique t\u00e9moigne qu\u2019\u00eatre dans le vrai c\u2019est se rendre compte qu\u2019il y a du mensonge. Par cons\u00e9quent, une v\u00e9rit\u00e9 est discutable.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De ce point de vue toutes les v\u00e9rit\u00e9s \u00e9tablies peuvent faire l\u2019objet d\u2019une multitude de questionnements, de discussions et de recherche dans le dessein de les supplanter pour en \u00e9difier une nouvelle. Effectivement, les v\u00e9rit\u00e9s sont sans cesse enlis\u00e9es dans un processus de discussions entre les individus d\u2019une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9. Mais ces derniers adoptent-ils et entretiennent-ils un rapport juste avec une v\u00e9rit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Somme toute, la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 a-t-elle \u00e0 un sens. Cette qu\u00eate s\u2019inscrit-elle dans l\u2019espoir d\u2019atteindre un id\u00e9al&nbsp;? Ainsi, quelle valeur attribue-t-on a une v\u00e9rit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour les sophistes, la valeur de la v\u00e9rit\u00e9 accord\u00e9e est faible. Le sophisme est un raisonnement qui sonne vrai en d\u00e9pit de son imposture donnant par la m\u00eame une apparence de la v\u00e9rit\u00e9. Prenons deux exemples&nbsp;: un cheval bon march\u00e9 est rare, ce qui est rare est cher, donc un cheval bon march\u00e9 est cher. Je suis grec et tous les grecs sont des menteurs. Il s\u2019agit d\u2019un discours qui ne vise pas la v\u00e9rit\u00e9 (par opposition \u00e0 Socrate et Platon par exemple) mais qui vise \u00e0 s\u00e9duire, \u00e0 persuader. Finalement cela nous fait vivre dans l\u2019illusion, car il est plaisant pour l\u2019Homme de se bercer d\u2019illusions. Le discours politique par excellence, mais aussi le discours po\u00e9tique, le discours amoureux en sont des illustrations. Le fait de r\u00e9sumer un discours peut \u00eatre un crit\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9 : la v\u00e9rit\u00e9 est simple. Cette assertion s\u2019oppose au discours de la s\u00e9duction, par exemple qui ne cherche pas l\u2019atteinte de la v\u00e9rit\u00e9. Si on cherche la v\u00e9rit\u00e9, par d\u00e9finition c\u2019est que l\u2019on ne la d\u00e9tient pas car on ne cherche pas ce que l\u2019on a d\u00e9j\u00e0. Or, pour pouvoir reconna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 parmi la multitude des opinions, il faut disposer d\u2019un crit\u00e8re vrai pour distinguer le vrai du faux. Donc, comment trouver la v\u00e9rit\u00e9 : au moyen d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 existante que pourtant nous ne poss\u00e9dons pas. C\u2019est par ce raisonnement que les sophistes cherchent \u00e0 d\u00e9montrer que la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 tr\u00e8s peu de valeur. En r\u00e9ponse \u00e0 cela, Platon affirme que la v\u00e9rit\u00e9 se d\u00e9compose en trois temps : tout d\u2019abord les \u00e2mes ont connu la v\u00e9rit\u00e9 avant qu\u2019elles ne soient incarn\u00e9es dans un corps qui soit trompeur. Puis, \u00e0 la naissance o\u00f9 le corps devient la prison de l\u2019\u00e2me et de ses sens qui sont trompeurs, nous perdons la v\u00e9rit\u00e9. Enfin dans un troisi\u00e8me temps, la connaissance nous permet d\u2019accoucher les esprits (ma\u00efeutique) on parlera alors de re connaissance. En conclusion, le sophisme apparait comme un placebo pour la pens\u00e9e&nbsp;: il all\u00e8ge les tourments de notre \u00e2me sans pour autant les r\u00e9soudre. Les sophistes nous bercent d\u2019illusions et maintiennent ceux qui les \u00e9coutent dans l\u2019apparence de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La qu\u00eate d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 se caract\u00e9rise comme un moteur, une dynamique. En effet, elle entraine l\u2019Homme dans l\u2019action&nbsp;: une v\u00e9rit\u00e9 permet d\u2019agir, elle contribue \u00e0 tenir pour vrai des faits qui nous autorise \u00e0 nous mettre en action. Une v\u00e9rit\u00e9 est aussi lib\u00e9ratrice car elle diminue les pr\u00e9jug\u00e9s que nous pouvons avoir, notamment au travers du travail de la psychanalyse, et donc de mieux nous connaitre, connaitre les autres, ainsi que les relations que nous entretenons avec eux. A ce titre, elle permet la lib\u00e9ration de ses \u00e9motions en comprenant qui je suis. Une v\u00e9rit\u00e9 offre la possibilit\u00e9 de r\u00e9flexion. Effectivement, elle favorise la lutte contre l\u2019ignorance et la b\u00eatise. D\u2019une certaine fa\u00e7on, la v\u00e9rit\u00e9 agit sur ce que je sais et sur ce que je fais, au-del\u00e0 de ce que je ressens. En conclusion, le travail de recherche d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 entra\u00eene la mise en mouvement de l\u2019Homme.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A contrario, une v\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e comme une source de souffrance. La dissimulation de toute ou partie d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 est parfois corr\u00e9l\u00e9e avec le souci de pr\u00e9servation du lien social. Comme l\u2019affirm\u00e9 Blaise Pascal&nbsp;: \u00ab&nbsp;si tous les Hommes disaient ce que disent les uns les autres, il n\u2019y aurai pas quatre amis dans le monde&nbsp;\u00bb. In fine, on s\u2019abstiendra de faire \u00e9merger une v\u00e9rit\u00e9 dans le but bien pr\u00e9cis de conserver des liens amicaux. Ne dis-t-on pas d\u2019ailleurs \u00ab&nbsp;il n\u2019y a que la v\u00e9rit\u00e9 qui blesse&nbsp;\u00bb. D\u00e8s lors, la v\u00e9rit\u00e9 se confond-elle avec la sinc\u00e9rit\u00e9 ? Dans la pens\u00e9e moderne, notamment au moment de Descartes, cette notion de sinc\u00e9rit\u00e9 conna\u00eetra une remise en question fondamentale avec le rejet des arguments d\u2019autorit\u00e9 au nom de l\u2019esprit critique : l\u2019esprit de la science et de la philosophie des lumi\u00e8res rejettent les arguments existants, notamment ceux de l\u2019\u00e9glise, au nom de l\u2019exigence du penser par soi-m\u00eame. Cela am\u00e8ne \u00e0 confondre sinc\u00e9rit\u00e9 ou authenticit\u00e9 et v\u00e9rit\u00e9 ; ceci peut se r\u00e9sumer par \u00eatre sinc\u00e8rement dans l\u2019erreur&nbsp;: on peut \u00e9noncer de bonne foi des contre-v\u00e9rit\u00e9s&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, l\u2019Homme par son essence, ressent le besoin ultime d\u2019\u00eatre \u00e0 un moment donn\u00e9 dans un \u00e9tat o\u00f9 une v\u00e9rit\u00e9 est incontest\u00e9e. La recherche d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 vient du besoin de calmer une peur, une crainte, face \u00e0 un malaise lorsqu\u2019il se confronte \u00e0 l\u2019inconnu. Cela se traduit par un mouvement de d\u00e9fense qui vient de cet instinct de peur que l\u2019on pourrait caract\u00e9riser de pulsion. L\u2019inconnu fait peur car ce qui est inconnu c\u2019est ce qui sort de notre ma\u00eetrise, ce qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res de la repr\u00e9sentation du monde que l\u2019on se fait \u00e0 un moment donn\u00e9 et qui donc met en d\u00e9faut notre puissance. La question de la mort en est une illustration. Comprendre c\u2019est remettre dans le champ du normal un ph\u00e9nom\u00e8ne, c\u2019est le faire rentrer dans un cadre de pens\u00e9e, dans une cat\u00e9gorisation de choses que l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 en t\u00eate et dont l\u2019inconnu serait la nouveaut\u00e9. Le danger r\u00e9side dans l\u2019adoption trop rapide d\u2019une croyance en des causes simples, rassurantes qui effacent la complexit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne (c\u2019est le fait qu\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne puisse mettre en jeu des rapports de causalit\u00e9 que je n\u2019envisageait pas, et donc que je ne peux pas comprendre totalement). C\u2019est notamment la th\u00e8se d\u00e9fendue par le philosophe allemand, Nietzsche dans le \u00ab&nbsp;cr\u00e9puscule des idoles&nbsp;\u00bb (1889). Il y a une r\u00e9elle progression dans la connaissance et celle-ci implique de constamment accepter un moment d\u2019incertitude. Le fait d\u2019aller vers plus de connaissances contribue \u00e0 mettre en variation son cap de pens\u00e9e. Les th\u00e9ories du complot sont des exemples qui expliquent la mani\u00e8re dont l\u2019Homme peut ramener \u00e0 des causes simples des ph\u00e9nom\u00e8nes tout \u00e0 fait complexes. Au lieu d\u2019accepter une v\u00e9rit\u00e9 complexe, ces dites th\u00e9ories entra\u00eenent ses pros\u00e9lytes de penser qu\u2019ils se font manipuler par une organisation de personnes. Le complotiste est omniscient&nbsp;: il devine les id\u00e9es suppos\u00e9es dissimuler des autres et pour finir par se convaincre de leur inexactitude. La g\u00e9n\u00e9tique est \u00e9galement un exemple qui donne naissance \u00e0 des humains dont on ma\u00eetrise les caract\u00e9ristiques (illustration qui s\u2019oppose \u00e0 <em>la th\u00e9orie du complot<\/em>). Toute pens\u00e9e de l\u2019humain peut s\u2019expliquer par des facteurs neurochimiques. A partir de l\u00e0, Nietzsche ne critique pas simplement les cas typiques de croyances superstitieuses et non prouv\u00e9es comme la th\u00e9orie du complot mais aussi un certain rapport que l\u2019on pourrait avoir avec la science. Celui-ci se traduit par un certain \u00ab&nbsp;scientisme&nbsp;\u00bb \u00e9vident (confiance d\u00e9mesur\u00e9e dans les r\u00e9sultats scientifiques).<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, une v\u00e9rit\u00e9 est incontestablement douloureuse car elle rappelle \u00e0 l\u2019Homme son incapacit\u00e9 \u00e0 se maitriser soi-m\u00eame&nbsp;: c\u2019est son inconscient qui dirige ses actions&nbsp;: ce ph\u00e9nom\u00e8ne rel\u00e8ve de la 3<sup>\u00e8me<\/sup> blessure narcissique&nbsp;de l\u2019Homme. \u00ab&nbsp;Le moi, n\u2019est pas ma\u00eetre dans sa propre maison&nbsp;\u00bb&nbsp;comme nous le rappelle Freud. Cette th\u00e9orie de la psychanalyse remet en cause l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019humain serait ma\u00eetre de lui-m\u00eame. On pense et on se comporte comme si nous on \u00e9tions en pleine conscience de notre \u00eatre et pourtant Freud affirme que c\u2019est bien l\u2019inconscient et nos pulsions qui en d\u00e9coulent qui a le contr\u00f4le de notre \u00eatre. Il s\u2019agit de ce qu\u2019il appelle la 3eme blessure. La premi\u00e8re \u00e9tant celle relative a Copernic&nbsp;: nous tournons autour du soleil et non l\u2019inverse. Ce qui peut se traduire par&nbsp;: nous ne sommes pas le centre de l\u2019Univers. La deuxi\u00e8me blessure est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Darwin&nbsp;: l\u2019humain&nbsp; n\u2019\u00e9tait pas dot\u00e9 d\u2019attributs particuliers qui le rendrait sup\u00e9rieur \u00e0 d\u2019autres esp\u00e8ces. En cela la v\u00e9rit\u00e9 est douloureuse pour l\u2019Homme et entraine de v\u00e9ritables blessures narcissiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, la question qui se pose est de savoir si l\u2019on doit croire \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 sa qu\u00eate inc\u00e9ssante. N\u2019est-ce pas arrogant ou pr\u00e9tentieux de pr\u00e9tendre d\u00e9tenir une v\u00e9rit\u00e9, au-del\u00e0 de principes dogmatiques souvent scientifiques ou historiques. La sinc\u00e9rit\u00e9 n\u2019est-elle pas le but ultime, permettant de lib\u00e9rer les humains aussi bien dans leur rapport \u00e0 eux-m\u00eames que dans leurs relations sociales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien au contraire, si l\u2019on consid\u00e8re que la non contradiction permet d\u2019\u00e9tablir une v\u00e9rit\u00e9, que la science permet de d\u00e9montrer des v\u00e9rit\u00e9s qui correspondent au r\u00e9el, et que la v\u00e9rit\u00e9 comme d\u00e9couverte du monde, comme d\u00e9voilement, existe bien, nous tenons ici des crit\u00e8res suffisamment objectifs pour qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 soit consid\u00e9r\u00e9e comme non discutable. Nous nous appuyons sur ces crit\u00e8res, au sens \u00e9tymologique du mot, qui nous permettent de trier, de s\u00e9parer le bon grain de l\u2019ivraie. Nous avons d\u00e8s lors une r\u00e9ponse aux sophistes et \u00e0 leurs discours illusoires, aux relativistes et leurs opinions amenant au fameux \u00ab&nbsp;chacun sa v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb et aux sceptiques et leur suspension du jugement. La v\u00e9rit\u00e9 nue, la v\u00e9rit\u00e9 simple, la v\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019impose comme une \u00e9vidence nous lib\u00e8re, nous construit, nous am\u00e8ne \u00e0 la b\u00e9atitude : une v\u00e9rit\u00e9 indiscutable comme une cl\u00e9 vers le bonheur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La v\u00e9rit\u00e9 en philosophie&#8230; Une v\u00e9rit\u00e9 par sa d\u00e9finition serait la correspondance entre une proposition et la r\u00e9alit\u00e9 dont elle parle elle-m\u00eame ce qui pourrait se r\u00e9sumer par \u00ab\u00a0Adaequatio rei et intellectus\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":99,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":111,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97\/revisions\/111"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/99"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}