{"id":50,"date":"2021-12-18T15:10:25","date_gmt":"2021-12-18T14:10:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.guere-epais.fr\/?p=50"},"modified":"2023-05-06T10:12:32","modified_gmt":"2023-05-06T08:12:32","slug":"fiche-de-lecture-philosophique-tocqueville-de-la-democratie-en-amerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/2021\/12\/18\/fiche-de-lecture-philosophique-tocqueville-de-la-democratie-en-amerique\/","title":{"rendered":"Tocqueville, De la D\u00e9mocratie en Am\u00e9rique : petit r\u00e9sum\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"\n<p>En&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1831\">1831<\/a>,&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alexis_de_Tocqueville\">Alexis de Tocqueville<\/a>, magistrat, digne repr\u00e9sentant de la noblesse normande, entreprend un voyage aux Etats-Unis pour enqu\u00eater sur le syst\u00e8me carc\u00e9ral am\u00e9ricain. Arriv\u00e9 \u00e0&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/New_York\">New-York<\/a>&nbsp;en mai, il passa dix mois en voyageant \u00e0 travers les \u00c9tats-Unis, observant non seulement les prisons, mais aussi plusieurs aspects de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, y compris l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89conomie_(activit%C3%A9_humaine)\">\u00e9conomie<\/a>&nbsp;et la&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Politique\">politique<\/a>. Cette d\u00e9marche lui permettra de faire une analyse de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. En r\u00e9alit\u00e9, ceci n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9texte pour s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la d\u00e9mocratie. Celle-ci s\u2019annon\u00e7ant comme in\u00e9luctable, il cherche en elle ses avantages et inconv\u00e9nients.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>De cette fa\u00e7on, il visera \u00e0 d\u00e9gager des caract\u00e9ristiques propres \u00e0 la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine pour mieux la comparer avec la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise. Il explique sa d\u00e9marche dans une lettre qu\u2019il adresse \u00e0 son cousin en 1834. Tocqueville d\u00e9fend la&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Libert%C3%A9s_fondamentales\">libert\u00e9 individuelle<\/a>&nbsp;et l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/%C3%A9galit%C3%A9\">\u00e9galit\u00e9<\/a>&nbsp;en&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Politique\">politique<\/a>, les deux concepts \u00e9tant \u00e0 son sens indissociables. Il d\u00e9fend la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9mocratie\">d\u00e9mocratie<\/a>&nbsp;tout en identifiant les risques de d\u00e9rive qui lui sont inh\u00e9rents. Tocqueville souligne notamment l&rsquo;\u00e9volution possible de la&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9mocratie\">d\u00e9mocratie<\/a>&nbsp;vers une&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dictature\">dictature<\/a>&nbsp;de la majorit\u00e9 au nom de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, et, \u00e0 ce titre, rejette nettement toute orientation&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Socialisme\">socialiste<\/a>. Il insiste aussi sur le r\u00f4le fondamental des corps interm\u00e9diaires et la d\u00e9centralisation des pouvoirs. Il identifie enfin le fait que la d\u00e9mocratie peut favoriser, par perte du lien social, les comportements&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Individualisme\">individualistes<\/a>&nbsp;contraires aux int\u00e9r\u00eats de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. Tocqueville est l&rsquo;une des plus grandes r\u00e9f\u00e9rences de la&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Philosophie_politique\">philosophie politique<\/a>&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lib%C3%A9ralisme\">lib\u00e9rale<\/a>. Son approche est totalement originale, passant d&rsquo;une philosophie normative qui pr\u00e9valait chez les Classiques (Montesquieu, Rousseau ou les Grecs) \u00e0 une approche descriptive et clinique de la d\u00e9mocratie. Son approche doit d&rsquo;ailleurs beaucoup \u00e0 la&nbsp;<a href=\"https:\/\/la-philosophie.com\/machiavel-pouvoir-politique\">philosophie de&nbsp;Machiavel<\/a>, dont elle se rapproche beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>II\/ Pr\u00e9sentation du projet de l\u2019\u0153uvre<\/p>\n\n\n\n<p><em>De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>&nbsp;est avant tout une analyse sur la&nbsp;d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9publique\">r\u00e9publicaine<\/a>, et ses formes particuli\u00e8res aux \u00c9tats-Unis. L&rsquo;\u0153uvre se divise en deux tomes distincts, publi\u00e9s l&rsquo;une en 1835, l&rsquo;autre en 1840. En dehors de leur chronologie, les deux tomes se distinguent surtout par leurs th\u00e8mes. Le premier tome est une analyse descriptive de la d\u00e9mocratie aux \u00c9tats-Unis. Il traite de l&rsquo;impulsion que le mouvement d\u00e9mocratique donne \u00e0 la forme du gouvernement, aux lois et \u00e0 la vie politique \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la d\u00e9mocratie comme structure politique. Le second tome est une r\u00e9flexion sur les formes particuli\u00e8res de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine. Cette r\u00e9flexion s&rsquo;\u00e9largit \u00e0 des consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales sur la d\u00e9mocratie, notamment le risque de&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tyrannie_de_la_majorit%C3%A9\">tyrannie de la majorit\u00e9<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>III\/Analyse de l\u2019\u0153uvre<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 1&nbsp;: Comment on peut dire rigoureusement qu\u2019aux Etats-Unis c\u2019est le peuple qui gouverne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, en Am\u00e9rique le peuple joue un r\u00f4le majeur puisque c\u2019est lui qui nomme celui qui fait et ex\u00e9cute la loi c\u2019est \u00e0 dire ses repr\u00e9sentants&nbsp;directs (syst\u00e8me repr\u00e9sentatif). La souverainet\u00e9 du peuple est donc privil\u00e9gi\u00e9e. Afin de les nommer, les citoyens vont avoir recours aux partis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 2&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Des partis aux Etats Unis<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tocqueville d\u00e9note une diff\u00e9rence entre les partis et les nations. Tandis que les partis ne sont pas d\u2019accord sur les principes g\u00e9n\u00e9raux du gouvernement, les nations distinctes repr\u00e9sentent les diff\u00e9rentes factions d\u2019un m\u00eame peuple. Somme toute, les partis sont un \u00ab&nbsp;mal inh\u00e9rent aux gouvernements libres&nbsp;\u00bb nous dit l\u2019auteur. Les partis varient selon les \u00e9poques et leurs tailles. On peut distinguer les gros partis (qui s\u2019attachent aux principes, aux g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, aux convictions r\u00e9elles et passions g\u00e9n\u00e9reuses dans le but de l\u2019int\u00e9r\u00eat public) et les petits partis (sans foi politique, ni but politique et qui rassemblent peu de moyens). En Am\u00e9rique, les grands partis n\u2019existent plus mais lui ont permis de gagner en bonheur au d\u00e9triment de la moralit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance, la nation se divise entre ceux qui souhaitent \u00e9tendre le pouvoir populaire et ceux qui veulent le restreindre. On ne distingue pas de violence mais cela touche \u00e0 des int\u00e9r\u00eats immat\u00e9riels de premier ordre&nbsp;: l\u2019amour de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de l\u2019ind\u00e9pendance sugg\u00e9rant de violentes passions. Ainsi, on voit \u00e9merger deux grands courants&nbsp;: ceux en faveur de la restriction du pouvoir populaire&nbsp;: les f\u00e9d\u00e9ralistes et ceux qui font de la libert\u00e9 le c\u0153ur de leur pens\u00e9e&nbsp;: les r\u00e9publicains. L\u2019Am\u00e9rique \u00e9tant la terre de la d\u00e9mocratie, les f\u00e9d\u00e9ralistes sont de fait en minorit\u00e9 mais conservent une puissance morale. En effet, en 1801,&nbsp;Thomas Jefferson, r\u00e9publicain populaire, prend le pouvoir, provoquant ainsi la division des f\u00e9d\u00e9ralistes. Cela dit, on notera qu\u2019un grand nombre de principes f\u00e9d\u00e9ralistes se sont immisc\u00e9s au sein des r\u00e9publicains.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, il n\u2019existe pas de partis qui s\u2019attaquent \u00e0 la forme actuelle du gouvernement \u2013 ceux qui menacent l\u2019union&nbsp;reposent sur des int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels. Ces int\u00e9r\u00eats constituent des nations rivales plut\u00f4t que des partis. Le peuple formant un tout, l\u2019opinion publique se fractionne sur des questions de d\u00e9tails&nbsp;: pas de haine religieuse ni de haine de classe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes politiques aux \u00c9tats-Unis cherchent d\u2019abord \u00e0 discerner leur int\u00e9r\u00eat, puis ils d\u00e9terminent quels sont les int\u00e9r\u00eats analogues au leur pour enfin chercher une doctrine ou un principe applicable \u00e0 la t\u00eate d\u2019une association.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si les deux partis ne font pas le m\u00eame usage de la puissance publique, ils partagent un point commun&nbsp;: celui des passions d\u00e9mocratiques ou aristocratiques qui forment le point sensible et l\u2019\u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Des restes du parti aristocratique aux Etats-Unis<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De nos jours, les classes ais\u00e9es&nbsp;se maintiennent hors des affaires politiques. Effectivement, la richesse&nbsp;apparait comme d\u00e9favorable et elle est m\u00eame un obstacle pour parvenir au pouvoir. De facto, les riches vont former une soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re au sein de l\u2019\u00c9tat avec des go\u00fbts et des jouissances \u00e0 part. D\u00e8s lors, ils vont flatter le gouvernement r\u00e9publicain et les formes d\u00e9mocratiques alors ce que sont ses opposants. Ce d\u00e9gout envers les institutions d\u00e9mocratiques du pays vient de leur crainte \u00e0 propos du pouvoir du peuple. Par cons\u00e9quent, les deux grandes armes des partis sont les journaux et les associations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 3&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De la libert\u00e9 de la presse aux Etats-Unis<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tocqueville para\u00eet tr\u00e8s hostile envers la libert\u00e9 de la presse. Non seulement, celle-ci joue sur les opinions politiques et celles des hommes, mais elle modifie les lois et les m\u0153urs. Tocqueville affirme la complexit\u00e9 \u00e0 trouver ce que l\u2019on pourrait appeler un juste milieu. Afin de mettre en lumi\u00e8re cet enjeu, voire ce paradoxe, il prend plusieurs exemples. Lorsque les \u00e9crivains sont livr\u00e9s \u00e0 des magistrats, les juges sont oblig\u00e9s de les entendre avant de les condamner&nbsp;: ce que l\u2019on craint d\u2019avouer dans le livre, on le proclame dans le plaidoyer&nbsp;: \u00ab&nbsp;les tribunaux&nbsp;arr\u00eatent le corps, mais pas l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb. La pens\u00e9e est une puissance mat\u00e9rielle qui s\u2019accroit par le nombre de leurs agents. De ce constat, il faudrait donc d\u00e9truire la libert\u00e9 de parler au m\u00eame titre que celle d\u2019\u00e9crire. Retour \u00e0 la case d\u00e9part&nbsp;: on incarne d\u00e8s lors la position d\u2019un despote. Dans pays o\u00f9 r\u00e8gne la souverainet\u00e9 du peuple,&nbsp;la censure est non seulement un danger mais aussi une grande absurdit\u00e9 \u2013 toute personne ayant droit \u00e0 gouverner la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;doit pouvoir appr\u00e9cier les faits dont la connaissance peut le guider et lui reconnaitre la capacit\u00e9 de choisir entre les diff\u00e9rentes opinions qui agitent ses contemporains. De ce point de vue, la souverainet\u00e9 du peuple et la libert\u00e9 de la presse&nbsp;sont corr\u00e9latives.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Tocqueville, la presse p\u00e9riodique dispose de ses instincts et de ses passions, ind\u00e9pendamment des circonstances au sein desquelles elle s\u2019inscrit. L\u2019Am\u00e9rique en est un exemple car l\u2019instabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat social n\u2019est pas la cause de la violence de la presse.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Am\u00e9ricains font usage de la souverainet\u00e9 du peuple. Pour eux, attaquer les lois existantes n\u2019est pas criminel tant que l\u2019on n\u2019use pas de violence. Ils pensent que les tribunaux sont des organes impuissants pour mod\u00e9rer la presse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait, pour agir efficacement sur la presse, trouver un tribunal&nbsp;qui soit \u00e0 la fois d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre existant et qui se place au-dessus de l\u2019opinion publique. Mais, ceci constitue une perte de temps, car il serait maitre absolu de la soci\u00e9t\u00e9, et pourrait se d\u00e9barrasser des \u00e9crivains. Au final, cette contradiction apparente est insolvable. En somme, dans la presse il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9quilibre entre la servitude et la licence.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette puissance des journaux en Am\u00e9rique tient \u00e0 plusieurs causes. La libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire en est une. En Am\u00e9rique, les journaux n\u2019ont pas de capitale, il n\u2019y a pas de centralisation&nbsp;; c\u2019est \u00e0 dire que les rayons de l\u2019intelligence ne partent pas d\u2019un centre commun mais s\u2019y croisent dans tous les sens. Tocqueville ne comprend pas que les partisans officiels de l\u2019ordre \u00e9tabli croient att\u00e9nuer l\u2019action de la presse en la concentrant. Il n\u2019y pas d\u2019unit\u00e9 d\u2019action au niveau de la presse. Cette division des forces de la presse fait que \u00ab&nbsp;les journaux ne peuvent pas d\u00e9border ou soulever les puissantes digues&nbsp;\u00bb nous dit l\u2019auteur. C\u2019est \u00e0 travers la presse que les hommes politiques s\u2019expriment, formulent le symbole des partis. La presse p\u00e9riodique constitue la premi\u00e8re puissance apr\u00e8s le peuple. La puissance des journaux est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e par le fait que la presse laisse croire fermement, sans r\u00e9fl\u00e9chir, et change chaque jour l\u2019objet de leurs croyances irr\u00e9fl\u00e9chies. L\u2019instinct de l\u2019homme fait qu\u2019il croit car il adopte sans approfondir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De l\u2019association politique aux Etats-Unis<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les individus font usage des associations car ils ne font confiance qu\u2019\u00e0 eux-m\u00eames (regard inquiet sur l\u2019autorit\u00e9 sociale). Ils s\u2019associent dans des buts de s\u00e9curit\u00e9 publique, de commerce et d\u2019industrie, de morale et de religion. L\u2019association&nbsp;a plus de puissance que la presse. Celle-ci forme des coll\u00e8ges \u00e9lectoraux qui nomment des mandataires qui les repr\u00e9sentent dans une assembl\u00e9e centrale. Il s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me repr\u00e9sentatif appliqu\u00e9 \u00e0 un parti conf\u00e9rant une apparence de nationalit\u00e9 qui s\u2019ajoute \u00e0 une puissance morale. En Am\u00e9rique, cette libert\u00e9 de s\u2019associer dans des buts politiques est illimit\u00e9e. Il est important que noter que cette libert\u00e9 d\u2019association est une garantie n\u00e9cessaire contre la tyrannie de la majorit\u00e9. Cette omnipotence de la majorit\u00e9 est un grand p\u00e9ril pour les r\u00e9publiques am\u00e9ricaines. Les associations&nbsp;permettent ainsi d\u2019emp\u00eacher le despotisme des partis ou l\u2019arbitraire du prince (avec un \u00e9tat social d\u00e9mocratique). Tocqueville pointe n\u00e9anmoins le risque que ces associations peuvent faire courir \u00e0 la d\u00e9mocratie : ne peuvent-elles faire peser le poids du groupe sur le particulier ? Il faut garder \u00e0 l\u2019esprit que&nbsp;le but des associations est de diriger les opinions et non de les contraindre, de conseiller la loi, non de la faire. En Am\u00e9rique, la libert\u00e9 d\u2019association est illimit\u00e9e, ce qui pr\u00e9sente un danger, celui de l\u2019anarchie, mais permet d\u2019\u00e9viter le risque de l\u2019\u00e9tablissement de soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes : il y a des <em>factieux<\/em>, mais point de <em>conspirateurs<\/em>. Comparativement \u00e0 l\u2019Europe, ce droit d\u2019association se con\u00e7oit diff\u00e9remment aux \u00c9tats-Unis. Tout d\u2019abord, les citoyens qui forment la minorit\u00e9 s\u2019associent, pour constater leur nombre et affaiblir ainsi l\u2019empire moral de la majorit\u00e9. Le but \u00e9tant de d\u00e9couvrir les arguments les plus propices \u00e0 faire pression sur la majorit\u00e9&nbsp;: ils ont toujours l\u2019esp\u00e9rance d\u2019attirer \u00e0 eux cette majorit\u00e9 et de disposer du pouvoir en son nom. Ce droit d\u2019association est sans limite car les opinions ne diff\u00e8rent que par des nuances. En Am\u00e9rique, l\u2019association forme une minorit\u00e9 dans la nation. On constate un gouvernement civil au sein d\u2019une association&nbsp;avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une ind\u00e9pendance individuelle : les hommes marchent vers le m\u00eame but mais pas forc\u00e9ment par la m\u00eame voie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 5&nbsp;: du gouvernement de la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le peuple domine sans obstacles. Les \u00c9tats de l\u2019union font usage du&nbsp;vote universel.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Des choix du peuple et des instincts de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine dans ses choix<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Tocqueville, aux \u00c9tats-Unis il y a peu de m\u00e9rite parmi les gouvernants mais beaucoup dans les gouvern\u00e9s car les hommes remarquables&nbsp;sont rarement appel\u00e9s aux fonctions publiques. La d\u00e9mocratie a d\u00e9pass\u00e9 ses anciennes limites. En effet, on distingue une limite intellectuelle (on ne peut pas forcer les hommes \u00e0 s\u2019instruire malgr\u00e9 les moyens mis en place). En somme, les institutions d\u00e9mocratiques r\u00e9veillent et flattent la passion de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sans pouvoir jamais la satisfaire enti\u00e8rement. Cette \u00e9galit\u00e9 parfaite s\u2019\u00e9chappe tous les jours des mains du peuple au moment o\u00f9 il croit la saisir&nbsp;: il fuit. Le fait que les classes inf\u00e9rieures cherchent \u00e0 \u00e9carter les classes sup\u00e9rieures du pouvoir est un instinct d\u00e9mocratique. Aux \u00c9tats-Unis, le peuple&nbsp;n\u2019a pas de haine envers les classes \u00e9lev\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;mais pr\u00e9f\u00e8re les tenir en dehors du pouvoir. Les instincts de la d\u00e9mocratie&nbsp;r\u00e9sident dans le fait d\u2019\u00e9carter les hommes distingu\u00e9s du pouvoir. Ainsi, le vote universel n\u2019est pas une garantie de la pertinence des choix, c\u2019est une illusion.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Des causes qui peuvent corriger en partie ces instincts de la d\u00e9mocratie<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On constate des disparit\u00e9s d\u2019ordre intellectuel et moral au sein des \u00e9tats de l\u2019union. Il existe certains \u00e9tats o\u00f9 l\u2019instruction est moins r\u00e9pandue (morale, religion, libert\u00e9). Alors que les m\u0153urs assurent sur le long terme le maintien de la d\u00e9mocratie aux puisque d\u00e8s son origine les europ\u00e9ens ont amen\u00e9s avec eux des habitudes de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9 et d\u2019intelligence permettant le d\u00e9veloppement de ce r\u00e9gime. Cela s\u2019illustre notamment par la diff\u00e9rence d\u2019enracinement des m\u0153urs dans le pays, plus ancr\u00e9es \u00e0 l\u2019Est qu\u2019\u00e0 l\u2019Ouest, et induisant un gouvernement plus stable \u00e0 l\u2019Est. D\u00e8s lors, des lois d\u00e9mocratiques sont mises en place pour corriger ces instincts \u00ab&nbsp;dangereux&nbsp;\u00bb de la d\u00e9mocratie. Il existe deux salles repr\u00e9sentatives&nbsp;: d\u2019une part celle des repr\u00e9sentants \u00e0 Washington qui comprend le peuple, et d\u2019autre part le S\u00e9nat&nbsp;compos\u00e9s d\u2019hommes \u00e9clair\u00e9s. Se dessine alors un v\u00e9ritable contraste, alors qu\u2019elles sont le produit du vote universel. On ne trouve qu\u2019une seule explication : l\u2019\u00e9lection qui produit la chambre des repr\u00e9sentants est directe alors que celle du S\u00e9nat&nbsp;se fait en 2 degr\u00e9s. Ce double degr\u00e9 \u00e9lectoral&nbsp;est un moyen de mettre l\u2019usage de la libert\u00e9 politique \u00e0 la port\u00e9e de toutes les classes du peuple.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Influence qu\u2019a exerc\u00e9e la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine sur les lois \u00e9lectorales<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aux \u00c9tats-Unis les \u00e9lections se succ\u00e8dent&nbsp;dans les affaires publiques&nbsp;conf\u00e9rant une versatilit\u00e9 continuelle des lois \u00e9lectorales (mutabilit\u00e9 singuli\u00e8re dans la l\u00e9gislation).<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Des fonctionnaires publics sous l\u2019empire de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Aux yeux de la d\u00e9mocratie, le gouvernement n\u2019est pas un bien mais un mal n\u00e9cessaire&nbsp;\u00bb pour Tocqueville. Ce dernier est admiratif du fait que l\u2019allure naturelle du gouvernement de la d\u00e9mocratie s\u2019attache \u00e0 la fonction plus qu\u2019au fonctionnaire, \u00e0 l\u2019homme plus qu\u2019aux signes ext\u00e9rieurs de la puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>En Am\u00e9rique,&nbsp;on constate une absence compl\u00e8te de fonctions gratuites, ceci s\u2019explique par l\u2019emprise absolue qu\u2019exerce la d\u00e9mocratie. Ce sont des gens mod\u00e9r\u00e9s dans leurs d\u00e9sirs qui s\u2019engagent en politique. Les grands talents s\u2019en \u00e9cartent afin de poursuivre leur richesse. C\u2019est \u00e0 cause de ces mauvais choix de la d\u00e9mocratie qu\u2019il faut attribuer le grand nombre d\u2019hommes vulgaires qui occupent les fonctions publiques.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De l\u2019arbitraire des magistrats sous l\u2019empire de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La posture d\u00e9mocratique n\u00e9cessite un arbitraire plus grand dans les \u00e9tats despotiques. On notera que les fonctionnaires am\u00e9ricains sont plus libres que ceux d\u2019Europe. Dans les r\u00e9publiques d\u00e9mocratiques, une tr\u00e8s grande part est attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019arbitraire. Le prince ne veut pas remettre le sort des fonctionnaires dans les mains du peuple par peur qu\u2019il trahisse son autorit\u00e9&nbsp;; le peuple craint que les magistrats, dans la d\u00e9pendance absolue du prince, ne servent \u00e0 opprimer la libert\u00e9&nbsp;: ainsi ils ne d\u00e9pendent de personne.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Instabilit\u00e9 administrative aux Etats-Unis<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les journaux sont les monuments historiques. Mais cette instabilit\u00e9 administrative nuit \u00e0 l\u2019art de gouverner.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Des charges publiques sous l\u2019empire de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le vote universel&nbsp;permet de donner le gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9 aux pauvres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les charges publiques de l\u2019\u00e9tat s\u2019accroissent quand la foule commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 sa condition.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Des instincts de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine dans la fixation du traitement des fonctionnaires<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aux \u00c9tats Unis, c\u2019est le peuple qui fixe le salaire des fonctionnaires (plus le fonctionnaire est haut, plus le salaire est bas). La d\u00e9mocratie donne peu \u00e0 vivre \u00e0 ceux qui la gouvernent mais elle d\u00e9pense pour subvenir aux besoins du peuple.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Difficult\u00e9 de discerner les causes qui portent le gouvernement am\u00e9ricain \u00e0 l\u2019\u00e9conomie<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les am\u00e9ricains ne d\u00e9pensent pas l\u2019argent du peuple en f\u00eates publiques. Ce n\u2019est pas parce que le peuple vote l\u2019imp\u00f4t, mais parce que le peuple n\u2019aime pas se r\u00e9jouir. Les habitudes priv\u00e9es se r\u00e9pandent dans la vie publique.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Peut-on comparer les d\u00e9penses publiques des \u00c9tats-Unis \u00e0 celles de la France&nbsp;?<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tendue des charges publiques&nbsp;d\u2019un peuple&nbsp;est compos\u00e9e de sa richesse nationale et de l\u2019imp\u00f4t. On ne peut pas faire de comparaison entre ces deux \u00e9tats. Notons que le gouvernement d\u00e9mocratique am\u00e9ricain&nbsp;n\u2019est pas forc\u00e9ment bon march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De la corruption et des vices des gouvernants dans la d\u00e9mocratie&nbsp;: des effets qui en r\u00e9sultent sur la moralit\u00e9 publique<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En aristocratie, ce sont les hommes d\u00e9j\u00e0 riches qui cherchent parfois \u00e0 corrompre&nbsp;: ce vice s\u2019attaque directement la moralit\u00e9 du peuple. Alors qu\u2019en d\u00e9mocratie, ce sont des hommes qui vont faire fortune et qui sont parfois eux-m\u00eames corrompus&nbsp;: ces vices exercent sur le peuple une influence indirecte, plus redoutable encore.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De quels efforts la d\u00e9mocratie est capable<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019union n\u2019a lutt\u00e9 qu\u2019une seule fois pour pr\u00e9server son existence (lors de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance). La difficult\u00e9 d\u2019\u00e9tablir la conscription ou l\u2019inscription maritime rend compliqu\u00e9e l\u2019entr\u00e9e en guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Du pouvoir qu\u2019exerce en g\u00e9n\u00e9ral la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine sur elle-m\u00eame<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9mocratie aux \u00c9tats-Unis consiste \u00e0 vaincre les passions et faire taire les besoins du moment, en vue de l\u2019avenir dans les moindres choses. Cette d\u00e9mocratie&nbsp;n\u2019atteint la v\u00e9rit\u00e9 que dans l\u2019exp\u00e9rience. Cette th\u00e9orie est appel\u00e9e <em>empirisme<\/em>. Les Am\u00e9ricains&nbsp;ont la facult\u00e9 de faire des fautes r\u00e9parables. Pour mettre \u00e0 profit l\u2019exp\u00e9rience du pass\u00e9, il faut que la d\u00e9mocratie soit parvenue \u00e0 un certain degr\u00e9 de civilisation et de lumi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De la mani\u00e8re dont la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine conduit les affaires ext\u00e9rieures de l\u2019Etat<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La Constitution f\u00e9d\u00e9rale&nbsp;donne une direction permanente des int\u00e9r\u00eats ext\u00e9rieurs de la nation dans les mains du pr\u00e9sident et du S\u00e9nat (hors de l\u2019influence directe et quotidienne du peuple). Ainsi, ce n\u2019est pas la d\u00e9mocratie qui conduit les affaires ext\u00e9rieures de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Tocqueville, l\u2019exp\u00e9rience, les m\u0153urs et l\u2019instruction cr\u00e9ent la sagesse de la d\u00e9mocratie cr\u00e9ant le bon sens, suffisant \u00e0 toute soci\u00e9t\u00e9. Presque tous les d\u00e9fauts naturels de la d\u00e9mocratie se font sentir dans la direction des affaires ext\u00e9rieures, et ses qualit\u00e9s y sont peu sensibles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 6&nbsp;: Quels sont les avantages r\u00e9els que la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine retire du gouvernement de la d\u00e9mocratie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De la tendance g\u00e9n\u00e9rale des lois sous l\u2019empire de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine. Et de l\u2019instinct de ceux qui les appliquent<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les lois de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine&nbsp;apparaissent comme d\u00e9fectueuses ou incompl\u00e8tes. Celles-ci tendent au bien du plus grand nombre car elles \u00e9manent de la majorit\u00e9 des citoyens (les fonctionnaires publics partagent int\u00e9r\u00eats de ceux du plus grand nombre).<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De l\u2019esprit public aux Etats-Unis<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aux \u00c9tats Unis, le peuple fait preuve d\u2019un amour instinctif de la patrie&nbsp;: un patriotisme r\u00e9fl\u00e9chi. Le fait d\u2019inciter les hommes \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au sort de leur patrie permet de les faire participer \u00e0 leur gouvernement. L\u2019homme du peuple a compris l\u2019influence qu\u2019exerce la prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale sur son bonheur&nbsp;: il la consid\u00e8re dans la fortune publique, la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De l\u2019id\u00e9e des droits aux Etats-Unis<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette id\u00e9e est une id\u00e9e de la vertu dans le monde politique. N\u2019ayant pas de forme de prol\u00e9tariat aux \u00c9tats Unis, chacun ayant un droit particulier \u00e0 d\u00e9fendre, reconnait en principe le droit de propri\u00e9t\u00e9. Le gouvernement de la d\u00e9mocratie&nbsp;a pour but de faire descendre l\u2019id\u00e9e des droits politiques \u00e0 tous les citoyens.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Du respect pour la loi aux USA<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les Am\u00e9ricains t\u00e9moignent d\u2019un respect particulier envers la loi, chacun ayant un int\u00e9r\u00eat personnel \u00e0 augmenter la puissance de la loi.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Activit\u00e9 qui r\u00e8gne dans toutes les parties du corps politique aux USA influence qu\u2019elle exerce sur la soci\u00e9t\u00e9<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il est plus difficile de concevoir l\u2019activit\u00e9 politique aux \u00c9tats Unis que la libert\u00e9 ou l\u2019\u00e9galit\u00e9 que l\u2019on y rencontre. L\u2019agitation politique que l\u2019on y rencontre se propage dans la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 7 : de l\u2019omnipotence de la majorit\u00e9 aux \u00c9tats Unis et de ses effets<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La majorit\u00e9 absolue&nbsp;fait l\u2019essence m\u00eame de la d\u00e9mocratique apparaissant comme une force naturelle qui \u00e9mane d\u2019elle. La majorit\u00e9 elle-m\u00eame d\u00e9lib\u00e8re sur la place publique&nbsp;constituant un v\u00e9ritable empire moral de la majorit\u00e9. Il y a plus de lumi\u00e8res et de sagesse dans beaucoup d\u2019hommes r\u00e9unis que dans un seul. Ce pouvoir de la majorit\u00e9&nbsp;a besoin de durer pour \u00eatre l\u00e9gitime. Ce r\u00e8gne absolu de la majorit\u00e9 est notamment renforc\u00e9 par la souverainet\u00e9 nationale qui se traduit aux \u00c9tats-Unis par le suffrage universel et l\u2019institution du jury.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Comment l\u2019omnipotence de la majorit\u00e9 augmente. En Am\u00e9rique. L\u2019instabilit\u00e9 l\u00e9gislative et administrative qui est naturelle aux d\u00e9mocraties<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019instabilit\u00e9 l\u00e9gislative&nbsp;constitue un mal inh\u00e9rent au gouvernement d\u00e9mocratique car la nature de la d\u00e9mocratie est d\u2019amener des nouveaux hommes au pouvoir. En effet, les repr\u00e9sentants de la loi changent tous les ans d\u2019o\u00f9 cette instabilit\u00e9 dot\u00e9e d\u2019un pouvoir sans bornes. Cet effet se reproduit sur l\u2019administration.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*La tyrannie de la majorit\u00e9<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019existe pas de garantie contre la tyrannie. L\u2019opinion publique constitue la majorit\u00e9 et il est de m\u00eame du corps l\u00e9gislatif, du pouvoir ex\u00e9cutif, du jury, de la force publique. En d\u00e9pit d\u2019une extr\u00eame libert\u00e9, il n\u2019existe pas de garantie contre cette tyrannie. L\u2019importance de cette majorit\u00e9 d\u00e9note, au vu du soin apport\u00e9 par les partis politiques \u00e0 l\u2019amadouer au moyen de la presse et des associations politiques&nbsp;: c\u2019est elle, qui domine le l\u00e9gislatif en \u00e9lisant ses repr\u00e9sentants.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Effets de l\u2019omnipotence de la majorit\u00e9 sur l\u2019arbitraire des fonctionnaires publics am\u00e9ricains<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On distingue l\u2019arbitraire de la tyrannie. La tyrannie peut s\u2019exercer au moyen de la loi m\u00eame&nbsp;: alors elle n\u2019est pas arbitraire. L\u2019arbitraire peut s\u2019exercer dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des gouvern\u00e9s et alors il n\u2019est pas tyrannique. De plus, la loi am\u00e9ricaine laisse aux fonctionnaires une libert\u00e9 dans le cercle qu\u2019elle a trac\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Du pouvoir qu\u2019exerce la majorit\u00e9 en am\u00e9rique<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e est un pouvoir irr\u00e9sistible et insaisissable qui s\u2019exerce dans les tyrannies. Ainsi, la pens\u00e9e r\u00e9v\u00e8le cette puissance de la majorit\u00e9. De facto, quand la majorit\u00e9 s\u2019est fix\u00e9e sur une question, on ne discute plus car la majorit\u00e9 exerce sa puissance morale sur la pens\u00e9e. Il n\u2019y a pas de libert\u00e9 d\u2019esprit aux \u00c9tats Unis car la majorit\u00e9 trace un cercle formidable autour de la pens\u00e9e. Dans ces consid\u00e9rations, l\u2019\u00e9crivain est libre mais malheur \u00e0 lui s\u2019il ose en sortir. Ce pouvoir renforc\u00e9 de la majorit\u00e9 entra\u00eene parfois des pr\u00e9ceptes sur mesure pour la majorit\u00e9. Citons l\u2019exemple de la non-r\u00e9glementation du d\u00e9bit de boisson \u00e0 Philadelphie, car la majorit\u00e9 buvait beaucoup, comptant davantage sur le temps pour corriger ces pratiques sans les l\u00e9gif\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Effets de la tyrannie de la majorit\u00e9 sur le caract\u00e8re national des am\u00e9ricains&nbsp;: de l\u2019esprit de cour aux Etats unis<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On constate une action croissante du despotisme de la majorit\u00e9. Ces effets de la tyrannie de la majorit\u00e9 se font jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent plus sentir sur les m\u0153urs que sur la conduite de la soci\u00e9t\u00e9. La majorit\u00e9 poss\u00e8de un empire si absolu, et si irr\u00e9sistible, qu\u2019il faut en quelque sorte renoncer \u00e0 ses droits de citoyens, et s\u2019\u00e9carter de sa qualit\u00e9 d\u2019homme, quand on veut s\u2019\u00e9carter du chemin qu\u2019elle a trac\u00e9. Le patriotisme v\u00e9ritable aux \u00c9tats Unis&nbsp;r\u00e9side plus dans le peuple que dans ceux qui gouvernent en son nom.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Que le plus grand danger des r\u00e9publiques am\u00e9ricaines vient de l\u2019omnipotence de la majorit\u00e9<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les gouvernements p\u00e9rissent ordinairement soit par impuissance soit par tyrannie. Dans le 1<sup>er<\/sup> cas, le pouvoir leur \u00e9chappe et dans le 2\u00e8me on leur arrache. Ce qui fait p\u00e9rir la nature d\u2019un pouvoir d\u00e9mocratique&nbsp;r\u00e9side dans l\u2019abus de ses forces et le mauvais emploi de ses ressources (non pas parce qu\u2019il manque de ressources). L\u2019anarchie nait de sa tyrannie ou de son inhabilit\u00e9 mais pas de son impuissance. Dans les r\u00e9publiques d\u00e9mocratiques, le pouvoir qui dirige la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;n\u2019est pas stable car il change souvent de main et d\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 8&nbsp;: de ce qui temp\u00e8re aux \u00c9tats-Unis la tyrannie de la majorit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Absence de centralisation administrative<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il existe uniquement la centralisation gouvernementale. La majorit\u00e9 nationale n\u2019a pas l\u2019id\u00e9e de tout faire&nbsp;: elle est oblig\u00e9e de se servir des magistrats de la commune et des comt\u00e9s pour ex\u00e9cuter ses volont\u00e9s souveraines. Cela posera les principes de <em>La libert\u00e9 selon Tocqueville<\/em>. Celle-ci est maintenue dans l\u2019ex\u00e9cution des lois gr\u00e2ce \u00e0 une d\u00e9centralisation du pouvoir administratif, bien que l\u2019initiative l\u00e9gislative \u00e9mane d\u2019un pouvoir gouvernemental centralis\u00e9. Il appara\u00eet alors essentiel d\u2019avoir des contre-pouvoirs ind\u00e9pendants repr\u00e9sent\u00e9s par l\u2019ex\u00e9cutif et le judiciaire, bien qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 le pouvoir ex\u00e9cutif soit soumis au l\u00e9gislatif et le judiciaire soit aux mains de la majorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*De l\u2019esprit l\u00e9giste aux \u00c9tats-Unis et comment il sert de contrepoids \u00e0 la d\u00e9mocratie<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les l\u00e9gistes&nbsp;ont un pouvoir fort, car ils constituent une barri\u00e8re contre les \u00e9carts de la d\u00e9mocratie. Les l\u00e9gistes&nbsp;constituent une classe privil\u00e9gi\u00e9e qui forme un corps servant d\u2019arbitre entre les citoyens. Les l\u00e9gistes ont un penchant pour l\u2019ordre et m\u00e9prise le gouvernement du peuple. Les l\u00e9gistes aiment le gouvernement de la d\u00e9mocratie&nbsp;: il est puissant sur elle et par elle. Le l\u00e9giste appartient \u00e0 la fois au peuple et \u00e0 l\u2019aristocratie&nbsp;: il fait la liaison des deux. Le corps des l\u00e9gistes&nbsp;est le seul \u00e9l\u00e9ment aristocratique qui peut se m\u00ealer \u00e0 la d\u00e9mocratie. Le l\u00e9giste constitue l\u2019unique contrepoids de la d\u00e9mocratie et les tribunaux sont des organes dont se servent les l\u00e9gistes pour agir sur la d\u00e9mocratie. Cet esprit l\u00e9giste s\u2019immisce et s\u2019infiltre dans toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, les \u00e9carts de la d\u00e9mocratie peuvent \u00eatre limit\u00e9s par la figure du l\u00e9giste qui fonde sa l\u00e9gislation sur ce qui a \u00e9t\u00e9 fait.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u>*Du jury aux Etats-Unis consid\u00e9r\u00e9 comme institution politique<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le jury est \u00e0 la fois une institution judiciaire et politique mais elle est surtout politique&nbsp;(influen\u00e7ant sur la destin\u00e9e des soci\u00e9t\u00e9s). Elle peut \u00eatre aristocratique ou d\u00e9mocratique suivant la classe du jury, mais elle rev\u00eat toujours un caract\u00e8re r\u00e9publicain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jury est une cons\u00e9quence de la souverainet\u00e9 du peuple et du vote universel, qui sont des moyens puissants de faire r\u00e9gner la majorit\u00e9. De plus, le jury&nbsp;influence le caract\u00e8re national. Le jury (civil notamment)&nbsp;donne de l\u2019esprit aux citoyens&nbsp;: il les pr\u00e9pare \u00e0 \u00eatre libres. Le jury apprend \u00e0 ne pas reculer devant la responsabilit\u00e9 de ses propres actes&nbsp;: il livre un combat contre l\u2019\u00e9go\u00efsme individuel, v\u00e9ritable rouille des soci\u00e9t\u00e9s. Il peut se d\u00e9finir comme une v\u00e9ritable \u00e9cole gratuite&nbsp;; un moyen efficace d\u2019\u00e9ducation. C\u2019est dans l\u2019institution du jury civil que les l\u00e9gistes trouvent leurs principales sources de pouvoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En&nbsp;1831,&nbsp;Alexis de Tocqueville, magistrat, digne repr\u00e9sentant de la noblesse normande, entreprend un voyage aux Etats-Unis pour enqu\u00eater sur le syst\u00e8me carc\u00e9ral am\u00e9ricain. Arriv\u00e9 \u00e0&nbsp;New-York&nbsp;en mai, il passa dix mois en voyageant \u00e0 travers les \u00c9tats-Unis, observant non seulement les prisons, mais aussi plusieurs aspects de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, y compris l&rsquo;\u00e9conomie&nbsp;et la&nbsp;politique. Cette d\u00e9marche lui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":53,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[8,16,17,11,15,13,7],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=50"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":168,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50\/revisions\/168"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/53"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=50"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=50"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=50"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}