{"id":186,"date":"2023-10-22T14:12:24","date_gmt":"2023-10-22T12:12:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/?p=186"},"modified":"2023-10-22T14:12:24","modified_gmt":"2023-10-22T12:12:24","slug":"les-elections-legislatives-en-espagne-un-tremblement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.guere-epais.fr\/index.php\/2023\/10\/22\/les-elections-legislatives-en-espagne-un-tremblement\/","title":{"rendered":"Les \u00e9lections l\u00e9gislatives en Espagne : un tremblement ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Le 23 juillet 2023 ont eu lieu les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, afin d&rsquo;\u00e9lire les 350\u00a0d\u00e9put\u00e9s et 208 des 266\u00a0s\u00e9nateurs de XV<sup>e<\/sup>\u00a0l\u00e9gislature\u00a0des\u00a0Cortes G\u00e9n\u00e9rales. Les\u00a0\u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales espagnoles\u00a0(<em>elecciones generales de Espa\u00f1a<\/em>) se tiennent, sous l&#8217;empire de la Constitution de 1978, tous les quatre ans, afin de renouveler l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du Congr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s et la majeure partie du S\u00e9nat. Le pr\u00e9sident du gouvernement b\u00e9n\u00e9fice b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;un droit. de dissolution, discr\u00e9tionnaire, qui est formellement utilis\u00e9 par le Roi.<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<p>Mais ces \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales t\u00e9moignent d\u2019un blocage institutionnel jamais vu en Espagne et qui explique les tendances \u00e0 la coalition.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, le Congr\u00e9s des d\u00e9putes constitue la chambre basse du parlement. Ce sont 350 d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus pour 4 ans \u2013 ils ont le pouvoir l\u00e9gislatif, budg\u00e9taire et le contr\u00f4le du gouvernement. Ils si\u00e8gent \u00e0 Madrid.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me chambre est le S\u00e9nat, qui est la chambre haute. Il y a un&nbsp;nombre variable d&rsquo;\u00e9lus. Mais ce nombre ne peut \u00eatre inf\u00e9rieur \u00e0 225 \u00e9lus selon un syst\u00e8me mixte&nbsp;: au suffrage universel par province ou par \u00eele, ou par les assembl\u00e9es des&nbsp;communaut\u00e9s autonomes. Les deux exercent leur pouvoir conjointement au sein du cortes g\u00e9n\u00e9rales&nbsp;: c\u2019est un parlement bicam\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Espagne est un pays o\u00f9 r\u00e8gne le multipartisme. Ainsi, on constate un foisonnement de partis allant du spectre le plus droite au spectre le plus gauche de l\u2019\u00e9chiquier politique&nbsp;: le PSOE, le PP, VOX, Ciudadanos, Podemos &#8211; ainsi que plusieurs partis r\u00e9gionaux, ind\u00e9pendants comme le PNV (Partido Nacionalista Vasco) ou des partis de Catalogne&nbsp;comme Junts per Catalunya ou ERC (Esquerra Republicana de Catalunya). Les partis ind\u00e9pendantistes jouent un r\u00f4le fondamental dans la politique de l\u2019Espagne. Ils remettent en cause la centralisation souhait\u00e9e par certains et revendiquent des droits d\u2019autonomie et d\u2019autod\u00e9termination.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si on analyse en d\u00e9tail, le r\u00e9sultat des \u00e9lections on constate qu\u2019elles font preuve d\u2019une certaine singularit\u00e9 qui va obliger l\u2019intervention du roi.&nbsp;Les r\u00e9sultats&nbsp;montrent une issue incertaine car&nbsp;le&nbsp;PP (<em>Partido Popular<\/em>) de Feijoo&nbsp;n\u2019obtient pas la majorit\u00e9&nbsp;malgr\u00e9 l\u2019aide de&nbsp;Vox, qui lui perd des si\u00e8ges. Le PSOE du pr\u00e9sident du gouvernement Pedro Sanchez d\u00e9joue les sondages en inaugurant une chute \u00e9lectorale qui ne progresse que de quelques si\u00e8ges seulement. Tandis que son alli\u00e9 potentiel Sumar recule par rapport \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur Unidas Podemos.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans leur ensemble, les partis ayant soutenu Pedro S\u00e1nchez sous la l\u00e9gislature pr\u00e9c\u00e9dente perdent la majorit\u00e9 absolue. Cette situation place Ensemble pour la Catalogne, parti ind\u00e9pendantiste catalan, en position de faiseur de rois, mais sa r\u00e9ticence \u00e0 assurer la stabilit\u00e9 gouvernementale de l&rsquo;Espagne peut laisser entrevoir un blocage institutionnel conduisant \u00e0 de nouvelles \u00e9lections.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e9lections repr\u00e9sentaient quatre enjeux majeurs. D\u2019abord, la possibilit\u00e9 pour Pedro Sanchez d\u2019obtenir la majorit\u00e9. Celui-ci avait fait passer plusieurs mesures sociales assumant le virage \u00e0 gauche comme&nbsp;: l\u2019augmentation du salaire minimum, la cr\u00e9ation de postes de fonctionnaires ou encore la d\u00e9cision symbolique d\u2019exhumer l\u2019ancien dictateur Franco. Des choix qui lui ont permis de gagner de nombreux points dans les enqu\u00eates d\u2019opinion et d\u2019arriver en position de force \u00e0 la veille des \u00e9lections. Pour gouverner, Pedro Sanchez devra trouver un terrain d\u2019entente avec le parti de gauche radicale Podemos. La question qui se pose est aussi la suivante&nbsp;: de quel c\u00f4t\u00e9 va pencher Ciudadanos&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La possibilit\u00e9 d\u2019une alliance entre le PSOE et la formation lib\u00e9rale Ciudadanos est en r\u00e9alit\u00e9 une option improbable au vu du virage \u00e0 gauche op\u00e9r\u00e9e par Pedro Sanchez mais surtout l\u2019attitude peu conciliante de Ciudadanos. L\u2019impact sur la situation en Catalogne est le troisi\u00e8me enjeu crucia car Ciudadanos comme le PP ont tent\u00e9 de faire de la crise en Catalogne un sujet central des \u00e9lections. Enfin, la perc\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite&nbsp;est un enjeu tout \u00e0 fait pr\u00e9occupant. C\u2019est une premi\u00e8re depuis le retour de la d\u00e9mocratie en Espagne : la pr\u00e9sence d\u2019une formation d\u2019extr\u00eame droite en capacit\u00e9 d\u2019obtenir des si\u00e8ges au Parlement. Men\u00e9e par Santiago Abascal, 43 ans, la formation d\u2019extr\u00eame droite, anti-immigration, anti-IVG, esp\u00e8re r\u00e9aliser une perc\u00e9e, notamment dans les territoires ruraux. Cette irruption dans le paysage politique est favoris\u00e9e par l\u2019attitude ambigu\u00eb du PP et de Ciudadanos \u00e0 son \u00e9gard.&nbsp;Alberto N\u00fa\u00f1ez Feij\u00f3o puis Pedro S\u00e1nchez font savoir qu&rsquo;ils chercheront tous les deux \u00e0 former une majorit\u00e9, une situation in\u00e9dite depuis l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur de la Constitution. Le roi Felipe VI propose initialement Feij\u00f3o comme candidat \u00e0 l&rsquo;investiture, mais il ne r\u00e9unit que 172 voix sur 350 lors des deux votes successifs devant le Congr\u00e8s. \u00c0 la suite, le monarque propose donc la candidature de S\u00e1nchez.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour mieux comprendre, on peut s\u2019int\u00e9resser au contexte ant\u00e9rieur. En 2018, Pedro S\u00e1nchez, est nomm\u00e9 pr\u00e9sident du gouvernement apr\u00e8s avoir remport\u00e9 une motion de censure. Il n\u2019a pas eu assez de soutien pour gouverner en majorit\u00e9 et a d\u00fb convoquer deux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales.&nbsp;Ces \u00e9lections entrainent en 2019 la formation d\u2019un gouvernement de coalition aux \u00e9lections anticip\u00e9es entre PSOE et Unidas Podemos&nbsp;: Pedro S\u00e1nchez obtient l&rsquo;investiture du Congr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s deux mois apr\u00e8s le scrutin. En&nbsp;2020, il entame son deuxi\u00e8me mandat&nbsp;qui connait la Covid 19 ainsi que la guerre en Ukraine&nbsp;et qui traduit dans une certaine mesure une usure du gouvernement.&nbsp;Cette usure se manifeste par le r\u00e9sultat des \u00e9lections autonomes et municipales du 28&nbsp;mai&nbsp;2023. PSOE, principal parti au pouvoir, perd une grande partie des communaut\u00e9s autonomes et des mairies de villes pertinentes face au parti Popular. Le lendemain, le lundi 29&nbsp;mai, Pedro S\u00e1nchez annonce par surprise la dissolution des Cortes et la convocation d\u2019\u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales pour le 23&nbsp;juillet&nbsp;2023.&nbsp;Aux \u00e9lections municipale, Vox avaient gagn\u00e9 vingt-deux villes&nbsp;pour en faire des laboratoires d\u2019exp\u00e9rimentation politique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, rappelons que depuis 2011-2012, la Catalogne souhaite trouver un accord fiscal. Mais Mariano Rajoy, le premier ministre de cette \u00e9poque refuse. Alors, \u00e0 partir de 2013-2014, les partis espagnols lancent un r\u00e9f\u00e9rendum pour l&rsquo;ind\u00e9pendance. Il est rejet\u00e9 car le gouvernement juge cet acte inconstitutionnel. Mais Arthur Mas, le pr\u00e9sident de la Generalidat le fait malgr\u00e9 tout. En 2014, le r\u00e9f\u00e9rendum a lieu, qui \u00e9tablit un \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb en faveur d&rsquo;un \u00c9tat ind\u00e9pendant en Catalogne. Des \u00e9lections r\u00e9gionales sont organis\u00e9es. Un nouveau parti est cr\u00e9\u00e9 : Junts per si. Carles Puigdemont prend la t\u00eate de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 en janvier 2016 et annonce un nouveau r\u00e9f\u00e9rendum le 1er octobre 2017 : la d\u00e9claration d&rsquo;ind\u00e9pendance de la Catalogne.<\/p>\n\n\n\n<p>La question du r\u00e9f\u00e9rendum, \u00e0 laquelle les \u00e9lecteurs devaient r\u00e9pondre par \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb, \u00e9tait la suivante : \u00ab\u00a0Voulez-vous que la Catalogne soit un \u00c9tat ind\u00e9pendant sous la forme d&rsquo;une r\u00e9publique ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement espagnol r\u00e9pond instantan\u00e9ment par l&rsquo;article cent cinquante-cinq de la Constitution, pla\u00e7ant la Catalogne sous tutelle, destituant le Parlement et son pr\u00e9sident, et initiant des \u00e9lections r\u00e9gionales pour le 21 d\u00e9cembre 2017. Les dirigeants responsables du r\u00e9f\u00e9rendum sont accus\u00e9s par la justice espagnole de \u00ab\u00a0r\u00e9bellion, s\u00e9dition, d\u00e9tournement de fonds publics et d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le 21 d\u00e9cembre 2017, les partis ind\u00e9pendantistes obtiennent 47,5 % des voix aux \u00e9lections r\u00e9gionales, ce qui leur permet d&rsquo;obtenir une nouvelle majorit\u00e9 absolue au Parlement catalan avec 70 des 13 si\u00e8ges.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives de d\u00e9cembre 2017, l&rsquo;\u00e9mergence de Ciudadanos et Podemos a mis fin \u00e0 la domination des socialistes et du Parti populaire. Le bipartisme, traditionnellement dominant depuis le r\u00e9tablissement de la d\u00e9mocratie il y a 38 ans, est en crise. Une nouvelle \u00e8re s&rsquo;ouvre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En moins de deux ans, un parti comme Podemos, dirig\u00e9 par Pablo Iglesias et n\u00e9e des manifestations des indignados en 2011, est devenu la troisi\u00e8me formation politique d&rsquo;Espagne et le premier mouvement ayant des alli\u00e9s en Catalogne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont les partis nationalistes &#8211; basques ou valenciens, peut-\u00eatre m\u00eame catalans &#8211; qui d\u00e9tiennent la cl\u00e9 de la gouvernabilit\u00e9 du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise \u00e9conomique, le ch\u00f4mage de masse et les coupes sombres dans les d\u00e9penses sociales peuvent expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne et la progression du multipartisme.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, l\u2019enjeu de ce scrutin \u00e9tait tr\u00e8s important pour savoir quel parti allait voir le jour. Mais le fait qu\u2019aucun parti n\u2019obtienne la majorit\u00e9 est r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un blocage institutionnel qui n\u00e9cessite l\u2019intervention du roi.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 cette situation, les partis ont d\u00fb former des coalitions pour tenter de former une majorit\u00e9. On peut aussi voir une forte pouss\u00e9e de la droite voire de l\u2019extr\u00eame droite qui met en garde sur l\u2019avenir d\u00e9mocratique de l\u2019Espagne. Ces \u00e9lections montrent aussi le pouvoir des partis ind\u00e9pendantistes r\u00e9gionaux.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 23 juillet 2023 ont eu lieu les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, afin d&rsquo;\u00e9lire les 350\u00a0d\u00e9put\u00e9s et 208 des 266\u00a0s\u00e9nateurs de XVe\u00a0l\u00e9gislature\u00a0des\u00a0Cortes G\u00e9n\u00e9rales. 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