Pas si fous ces romains
On a coutume de dire que Rome ne s’est pas faite en un jour. Et pour cause, l’empire romain, du haut de ses dix siècles d’existence, a constitué une énorme partie des fondements de notre civilisation actuelle. La Rome Antique a fait preuve d’une modernité qui non seulement lui a permise de se distinguer des peuples barbares de l’époque mais également a pu préfigurer ce que la société moderne allait être.
En premier point, il semble pertinent de rappeler que, contrairement à ce que l’on peut penser dans notre imaginaire collectif, le peuple romain est loin d’être un peuple belliqueux. Bien sûr, nous avons tous en tête les conquêtes de territoire emmenées par les armées romaines mais il est important de rappeler que les Romains n’aimaient pas la guerre. Et là aussi, on retrouve une réelle rupture dans l’histoire de l’humanité. Pour s’en convaincre, il suffit par exemple de se re pencher sur les croisades, pour lesquelles j’ai réalisé un article récemment. Les Romains, eux, appliquaient la règle du « si vis pacem, para bellum » : si tu veux la paix, prépare la guerre. Ils concrétisaient cette formule au moyen d’une armée de métier puissante, sans nul doute parmi les plus efficaces de l’époque.
Autre signe de modernité, l’encadrement de l’armée romaine avait compris l’intérêt de s’inspirer des forces des armées ennemies. Mais cette inspiration va au delà des aspects purement militaires. Les Romains ont très vite chercher à fédérer les peuples conquis. Leur dessein n’était pas de les asservir mais bien au contraire de les intégrer dans l’empire tout en conservant leurs particularités et leur culture. Des empereurs de différentes origines se sont donc succédés durant ces 10 siècles, assurant l’adhésion des populations à un ensemble constitué de différentes régions d’origines (les Latins, les Italiens etc.). Cette démarche assurait notamment un rempart contre les barbares.
Autre fait marquant, finalement peu connu, l’empire romain, par son système fiscal concernant l’héritage, a permis un contrôle des naissances de fait, ce qui autorisa un équilibre entre l’offre et la demande. Cette notion de production reste d’ailleurs toujours critique de nos jours ; elle constitue en effet une menace qui pèse désormais sur l’humanité, notamment au travers de la préservation de la planète et de la dimension écologique de la production agricole.
Ceci nous amène à nous pencher sur la gouvernance de l’empire. D’un point de vue sociétal, on retrouve une hiérarchisation du peuple romain, rappelant bien entendu les différentes classes de la société actuelle. En haut de la pyramide, le Sénat, composé d’environ 300 familles exerçant différentes fonctions dans l’armée, la magistrature, l’administration etc. On citera aussi les chevaliers, également au service de l’Etat, au sein de l’armée romaine, ainsi que les notables, principalement propriétaires fonciers. Pour ces trois classes aisées, la recherche de la paix, de l’ordre, de la sérénité de l’empire était un dessein majeur de leur existence.
Nous trouverons ensuite le reste des citoyens romains, apparentés à la plèbe : les affranchis, les paysans, les commerçants, ou encore les artisans. Tout en bas de l’échelle, on retrouvera les esclaves (dont le statut pourrait à lui seul mériter un article dans ce blog, tant il diffère, par exemple, de l’acception grec). On observe de facto une sophistication des classes à la fois sur un plan économique et sur un plan fonctionnel au sein de la société.
Pour faire écho à cette sophistication, il est nécessaire de rappeler que les institutions romaines reposaient elles-mêmes sur un système élaboré articulé autour d’une démocratie reposant sur des assemblées populaires, une monarchie fondée sur un consulat, et enfin une aristocratie forte : les sénateurs, évoqués plus haut, contrôlant l’essentiel de l’empire : la guerre, les finances, la diplomatie. Ces deux derniers organes constituaient ce que l’on appelle les Patriciens (s’opposant aux plébéiens désignés plus haut). Pour continuer à illustrer cette organisation si sophistiquée de l’état romain, on citera les questeurs, les préteurs, les édiles dont les missions étaient essentiellement honorifiques.
La modernité de l’empire romain et le fait que l’état, l’économie, la société allaient être la préfiguration de notre propre civilisation semble, en définitive, s’imposer à nos yeux. Mais tout comme il était important de rappeler que Rome était avant tout une cité pacifique, il me parait nécessaire de souligner que Rome repose sur une culture très largement inspirée de la culture grec. Par translation, on peut donc affirmer que notre civilisation puise fortement ses racines de la Grèce Antique au delà de l’empire romain, sujet de mon article de ce jour. Par culture, on entendra la philosophie, la littérature ou toute autre forme d’art.
Par extension, il conviendra d’évoquer également la société romaine comme une société des loisirs. Un rapport au corps et à son hygiène notamment, dont la fréquentation des thermes en constituait l’une des clés de voute. Les romains aimaient jouir de la vie : ils voyaient le recours au plaisir comme une solution aimable pour accepter les difficultés du quotidien. Ils pratiquaient le sport, fréquentaient des tavernes et se rendaient à la bibliothèque. Ils allaient également au théâtre et venaient se divertir, au sens Pascalien du terme, en assistant aux combats des gladiateurs dans l’arène. Panem et circenses : du pain et des jeux pour tous : belle préfiguration de notre société actuelle, si influencée par les médias, la télévision, le sport etc.
En définitive, la Rome Antique est un formidable terreau où les racines de notre civilisation actuelle ont pu s’établir et s’épanouir. Jean Cocteau affirmait qu’il ne s’agissait pas de chercher quelqu’un qui nous donne des conseils mais bien quelqu’un qui montre l’exemple ; j’espère par cet article avoir modestement contribué à démontrer cette connexion entre notre civilisation et celle de la Rome Antique, tellement valeur d’exemple, et d’une modernité si singulière.